Book 2
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XI. « Lacédémoniens et alliés, nos pères aussi ont fait de nombreuses expéditions, soit dans le Péloponnèse, soit au dehors, et les plus âgés d’entre nous ne sont pas sans expérience de la guerre ; jamais cependant nous ne sommes entrés en campagne avec un plus formidable appareil ; mais, si nous sommes nombreux et pleins de bravoure, la ville contre laquelle nous marchons a aussi une très grande puissance. Il est donc juste que nous ne nous montrions ni inférieurs à nos ancêtres, ni au-dessous de notre propre gloire. Songez que cette entreprise tient en suspens toute la Grèce attentive. Toutes les pensées sont fixées sur nous, et chacun, en haine des Athéniens, fait des voeux ardents pour nos succès. Il ne faut pas, toutefois, dans la pensée que nous marchons en nombre et qu’il est peu à craindre que l’ennemi ose se mesurer avec nous, avancer, pour cela, avec moins de prudence et de précaution : généraux et soldats de chaque ville, chacun de son côté doit, au contraire, s’attendre toujours à tomber en quelque péril ; car l’imprévu règne à la guerre, et le plus souvent il ne faut qu’un fait sans importance, un corps qui se laisse entraîner, pour amener une action. Bien des fois une armée plus faible, grâce à une prudente défiance, a lutté avec avantage contre des troupes plus nombreuses, mais trop confiantes, et dès lors mal préparées. Il faut, en pays ennemi, marcher avec la confiance au fond du coeur, mais n’agir en réalité qu’avec défiance, et être toujours prêt. Alors on n’a pas moins de sécurité contre les entreprises de l’ennemi que d’intrépidité pour l’attaque. Quant à nous, nous marchons contre une ville qui, bien loin d’être incapable de se défendre, a au contraire d’abondantes ressources de tout genre. Les Athéniens n’ont fait, jusqu’à présent, aucun mouvement, parce que nous ne sommes pas encore sur leur territoire ; mais nous devons tenir pour certain qu’ils viendront nous combattre dès qu’ils nous verront porter sur leurs biens le ravage et la dévastation, car il n’est personne qui ne se sente transporté de colère en présence de désastres actuels, inaccoutumés, accomplis sous ses yeux ; moins on réfléchit alors, et plus on montre d’emportement dans l’action. C’est ce qui vraisemblablement arrivera aux Athéniens, plus encore qu’à personne, eux qui prétendent commander aux autres, et qui sont plus accoutumés à aller porter le ravage chez leurs voisins qu’à le voir porter chez eux.