Book 3
43
« Nous faisons précisément le contraire. Ce n’est pas tout : pour peu qu’un orateur soit soupçonné de vues intéressées, quelle que soit l’excellence de ses conseils, nous nous méfions de sa vénalité prétendue et nous privons ainsi l’État d’avantages réels. Les choses en sont venues au point que les meilleures idées, émises sans détour, ne sont pas moins suspectes que les pires. D’où il résulte que, non-seulement l’auteur de la plus dangereuse proposition est obligé de recourir à l’artifice pour convaincre la multitude, mais l’avis le plus utile a besoin du mensonge pour se faire accepter. Avec cette humeur ombrageuse, notre ville est la seule qu’on ne puisse servir ouvertement et sans la tromper. Faites franchement une offre profitable, et aussitôt l’on vous supçonne de rechercher secrètement quelque bénéfice personnel et plus grand.
43
« En présence de telles dispositions et lorsqu’il y va de nos intérêts les plus graves, il nous importe à nous autres orateurs de voir un peu plus loin que vous, qui ne donnez qu’un court espace de temps à l’examen des affaires ; car nous sommes responsables de nos avis et vous ne l’êtes pas de vos votes A Athènes, lors même que l’assemblée du peuple avait adopté un projet de loi, l’orateur qui l’avait proposé n’en demeurait pas moins responsable. On pouvait lui intenter une accusation d’illégalité (γραφή παρανόμων), si par exemple son décret se trouvait être en contradiction avec une loi antérieure. C’est pour cette raison que la formule des arrêts législatifs portait toujours en tê.te le nom de l’orateur sur la proposition duquel le décret avait été rendu. . Si du moins l’auteur d’un projet et celui qui l’adopte avaient les mêmes risques à courir, vos jugements seraient plus équitables; mais non: si l’affaire tourne mal, vous sévissez contre celui qui vous a persuadés et qui n’avait que sa propre opinion, et vous n’avez garde de vous en prendre à vous-mêmes, bien que votre faute ait été celle du grand nombre.