Book 3
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XLIV. « Quant à moi, je n’ai pris la parole ni pour contredire, ni pour accuser personne au sujet des Mytiléniens. Car, si nous sommes sensés, ce n’est pas sur leurs fautes que doit s’établir la discussion, mais sur le meilleur parti à prendre pour nous-mêmes. Quand j’aurais démontré qu’ils sont coupables d’une manière absolue, je ne demanderais pas pour cela leur mort, si elle nous est inutile ; et, méritassent-ils quelque indulgence, je ne la réclamerais pas, si je n’y voyais avantage pour la république. Je crois que nous avons à délibérer sur l’avenir bien plus que sur le présent. Cléon invoque surtout l’utilité qu’il y aura, pour l’avenir, à infliger la peine de mort, afin de rendre les dé- fections moins fréquentes ; et moi, la considération de vos intérêts à venir me conduit à une conclusion tout opposée. Je vous engage donc à ne pas vous laisser entraîner par ce que son discours a de plausible à repousser ce qu’il y a de vraiment utile dans mon opinion ; car ce qu’il a dit, mieux d’accord avec votre ressentiment actuel contre les Mytiléniens, vous semble plus juste et pourrait aisément vous entraîner ; mais il n’est point ici question de faire leur procès (on pourrait alors invoquer la justice), il ne s’agit que de délibérer à leur propos sur le parti le plus utile à prendre pour nous.