Book 3
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XLVI. « Il ne faut donc pas, par trop de confiance dans l’efficacité de la peine de mort, prendre une résolution funeste ; il ne faut pas fermer toute espérance aux villes révoltées, en déclarant qu’il n’y a plus de place pour le repentir, et qu’un prompt retour ne saurait expier leur crime. Songez que, dans l’état actuel, lorsqu’une ville rebelle se reconnaît dans l’impossibilité de vaincre, elle vient à composition lorsqu’elle est encore en état de payer les frais de la guerre et d’acquitter le tribut à l’avenir. Mais, avec une pareille politique, croyez-vous qu’il y ait une seule ville qui ne fasse de plus sérieux préparatifs et qui ne soutienne le siège jusqu’à la dernière extrémité, s’il n’y a aucune différence entre une prompte soumission et une résistance opiniâtre ? N’y aura-t-il pas alors dommage pour nous-mêmes à prolonger nos dépenses devant une place assiégée, tout accord étant désormais impossible ; à ne la prendre que ruinée, si nous nous en emparons, et à nous priver pour l’avenir des tributs que nous devions en attendre, tributs qui sont notre force contre nos ennemis ? Ne compromettons donc pas nos propres intérêts en jugeant les coupables d’après les principes d’une justice rigoureuse ; considérons plutôt comment nous pourrons, en ne punissant qu’avec une prudente modération, laisser aux villes assez de ressources pour nous fournir à l’avenir d’abondants tributs. N’espérons pas les maintenir par la rigueur des lois, mais par une active vigilance. Nous faisons actuellement le contraire : si un peuple libre, qui ne reste sous notre domination que par la force, a tenté, comme cela est naturel, de recouvrer son indépendance, lorsqu’il retombe sous notre joug nous croyons devoir le punir avec rigueur. Le mieux, avec des hommes libres, n’est pas de châtier sévèrement ceux qui se soulèvent, mais de les surveiller sévèrement avant leur défection, de prévenir chez eux même la pensée de la révolte, et, après les avoir subjugués, d’étendre le moins possible l’accusation.