Book 3
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« Considérez encore quelle énorme faute vous commettriez en suivant l’avis de Cléon. Pour le moment, dans toutes les villes, le peuple a de la sympathie pour vous ; il ne se joint pas aux soulèvements des aristocrates, ou, s’il y est contraint, il ne tarde pas à se tourner contre ceux qui l’y ont poussé ; en sorte que vous avez un auxiliaire dans la population des villes que vous allez combattre. Mais si vous frappez le peuple de Mytilène, qui n’a point trempé dans la rébellion, et qui n’a pas plus tôt eu des armes qu’il s’est empressé de vous ouvrir les portes, d’abord vous commettrez une injustice en immolant des bienfaiteurs, ensuite vous donnerez beau jeu aux aristocrates. Sitôt qu’ils voudront insurger un État, ils auront le peuple pour eux, parce que vous aurez montré que la même punition attend les innocents comme les coupables. Et quand le peuple serait coupable, encore faudrait-il fermer les yeux, afin de ne pas nous aliéner le seul allié qui nous reste. Enfin je crois qu’il est beaucoup plus avantageux pour le maintien de notre empire d'endurer patiemment une offense que de frapper, avec toute la rigueur du droit, des hommes que nous devons épargner. Cléon a beau dire, il est impossible que, dans ce châtiment, l'intérêt se rencontre avec la justice.
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«.Reconnaissez donc la supériorité de mon avis; et, sans trop accorder à la. pitié ni à l’indulgence, — contre lesquelles je serais le premier à vous prémunir, — écoutez uniquement la voix de la raison. Jugez de sang-froid ceux des Mytiléniens que Pachès a envoyés comme coupables, et laissez les autres daus leurs foyers. C’est pour l’avenir le parti le plus sage, et c’est celui qui dans le présent effrayera le plus nos ennemis. Contre des adversaires, la prudence est une arme plus sûre que la force aveugle. »