Book 3
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LVI. « Les Thébains sont coupables envers nous de nombreuses injustices. Vous connaissez la dernière cause de nos malheurs actuels : contre des hommes qui avaient pris notre ville en pleine paix, bien plus, au milieu d’une fête, nous étions en droit de sévir, d’après cette loi partout en vigueur qui permet de repousser l’agresseur. Il ne serait pas juste maintenant que nous eussions à souffrir à cause d’eux. Car, si vous soumettez la justice à votre utilité actuelle et à leur haine, vous vous montrerez, non pas juges intègres, mais esclaves de l’intérêt. Et d’ailleurs, si les Thébains paraissent vous êtes utiles aujourd’hui, nous vous l’étions bien plus autrefois, nous et les autres Grecs, lorsque vous étiez dans un plus grand péril. Maintenant, en effet, c’est vous qui, par vos agressions, vous rendez redoutables aux autres ; mais à cette époque, quand le barbare apportait à tous la servitude, les Thébains étaient avec lui. Il est donc juste que notre faute actuelle, si toutefois il y a eu faute, soit compensée par notre dévouement d’alors. Vous trouverez même que le service est comparativement supérieur, eu égard surtout aux circonstances ; car, à ce moment, bien peu des Grecs opposaient quelque bravoure à la puissance de Xerxès. Alors on comblait d’éloges ceux qui, au lieu de se préoccuper de leur propre intérêt et de leur sécurité personnelle, au milieu de l’invasion, affrontaient volontairement les périls, épris de la plus noble ambition. Nous fûmes de ce nombre : comblés alors des premiers honneurs, nous avons à craindre aujourd’hui de périr, pour avoir suivi les mêmes principes, pour avoir cédé au sentiment de justice qui nous attachait aux Athéniens plutôt qu’à l’intérêt qui nous portait vers vous. Cependant, il faut toujours porter le même jugement sur les mêmes actes, persuadés que la seule chose vraiment avantageuse, c’est que des alliés honnêtes obtiennent pour leurs vertus une récompense assurée, et que même l’intérêt actuel soit subordonné à ce principe.