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Ἱστορίαι

Ἱστορίαι Thucydides

Book 5

9 IX. « Braves Péloponnésiens, songez de quel pays nous venons; songez que notre patrie est toujours restée libre par le courage, et que, Doriens, vous allez combattre des Ioniens, dont vous avez coutume de triompher; il me suffit de vous rappeler tout cela en peu de mots. Ce que je veux, en ce moment, c’est vous faire connaître mon plan d’attaqueCe discours est un de ceux qui pèchent le plus contre la vraisemblance. Il n’est pas probable que, même chez les Grecs, et au milieu d’une armée peu nombreuse, un général ait ainsi exposé son plan et ses desseins., de peur que le petit 1 C’étaient deux colonies athéniennes. Les soldats de Brasidas étaient, pour la plupart, des Hilotes et des mercenaires. V. liv. iv, ch. 80. * Ce discours est un de ceux qui pèchent le plus contre la vraisemblance. Il n’est pas probable que, même chez les Grecs, et au milieu d’une armée peu nombreuse, un général ait ainsi exposé son plan et ses desseins. nombre de ceux qui vont combattre, l’absence de la plus grande partie des troupes, et l’insuffisance apparente de nos forces ne vous jettent dans le découragement. C’est par mépris pour nous, je suppose, c’est dans l’espoir qu’il ne sortirait personne pour les attaquer, que nos ennemis sont montés sur cette colline, et que maintenant ils perdent le temps à contempler en désordre le spectacle qui est sous leurs yeux. Quand on surprend une pareille faute chez ses adversaires, si on les attaque dans la mesure de ses propres forces, non pas à découvert ni en ligne, mais en tirant de tous ses avantages, il est rare qu’on ne réussisse pas. Rien n’est plus glorieux que ces stratagèmes par lesquels on trompe autant qu’on le peut ses ennemis, pour rendre à ses amis les plus grands services; aussi je veux profiter du moment où l’ennemi, encore en désordre et sans défiance, songe bien plutôt, ce me semble, à se retirer qu’à garder sa position; je veux, tandis qu’il s’abandonne à une insouciante sécurité, le prévenir, s’il est possible, sans lui donner le temps de se reconnaître, et, entouré de mes soldats, me jeter à la course au milieu de son armée. Toi, Cléaridas, lorsque déjà tu me verras le presser vivement et probablement le frapper d’épouvante, prends avec toi tes soldats, les Amphipolitains et les autres alliés, ouvre les portes à l’improviste, accours, et bâte-toi d’en venir aux mains, sans perdre un moment. C’est ainsi surtout qu’on peut espérer les frapper de terreur : car un ennemi qui survient après coup inspire bien plus d’ef- froi que celui qu’on a en présence, et dont on soutient le choc. Sois brave, comme il convient à un Spartiate. Et vous, alliés, suivez-le avec courage; songez qu’à la guerre la volonté, le respect de soi-même, l’obéissance aux chefs sont les éléments du succès; ce jour vous donnera, si vous êtes courageux, la liberté et le titre d’alliés de Lacédémope; sinon, sujets des Athéniens, vous subirez un joug plus dur encore, — à supposer même que vous soyez assez heureux pour éviter l’esclavage ou la mort, — et vous deviendrez un obstacle à l’affranchissement des autres Grecs. Vous, tenez donc ferme, en voyant quels intérêts sont en jeu; moi, je montrerai que je ne suis pas moins capable d’agir que de conseiller les autres. »

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