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Ἱστορίαι

Ἱστορίαι Thucydides

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2 Ce parallélisme entre la poésie et l’histoire n’a rien qui doive surprendre chez un peuple aussi profondément artiste que les Grecs. L’analogie est partout frappante, dans l’ensemble comme dans les détails : l’étude de l’homme et la peinture des sentiments tragiques amènent peu à peu chez les poëtes des considérations d’un ordre plus élevé sur le gouvernement du monde et l’action providentielle ; à Eschyle et à Sophocle succède Euripide. De même l’histoire grandit au spectacle des révolutions ; en même temps qu’elle se rapproche, pour la forme et l’ordonnance, des conceptions tragiques, elle étend son horizon, pour arriver à peindre l’homme dans l’individu, la marche de l’humanité dans le développement de chaque nation, les lois générales au milieu de la variété des événements : àce point de vue encore, Thucydide a au moins indiqué la voie. Sans doute, nous sommes loin des hautes conceptions de Bossuet, de Vico et de Herder ; mais déjà le but et la portée de l’histoire sont nettement déterminés : s’il raisonne peu sur les événements, il les fait parler assez haut pour qu’ils portent avec eux leur enseignement ; s’il ne fait pas ce qu’on a appelé de nos jours de la philosophie de l’histoire, il fournit à cette encyclopédie de l’humanité une de ses plus belles pages. Aujourd’hui encore, à côté des grands écrivains chrétiens qui nous montrent l’homme toujours sous la main de Dieu, conduit fatalement à ses destinées providentielles, on lit avec un profond intérêt l’historien philosophe qui, sans remonter aux causes premières, livre en quelque sorte l’humanité à elle-même, et fait jaillir du développement régulier de la liberté, du déchaînement des passions, l’ordre ou le désordre, la puissance ou la ruine des peuples. Ce point de vue, pour être moins sublime, a bien aussi sa vérité et sa grandeur.

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