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Ἱστορίαι

Ἱστορίαι Thucydides

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2 Au premier abord les mots semblent se heurter, sans lien, sans dépendance réciproque ; ce sont comme des traits brillants, dont on ne saisit pas bien, à première vue, le rapport et l’unité. Pour se reconnaître et avancer sûrement, il faut remonter par la réflexion jusqu’à la pensée dont on n’a sous les yeux que les jalons et les saillies, la saisir au passage, combler les lacunes, méditer, approfondir, composer à la suite de l’historien. On ne lit pas, à proprement parler, l’histoire de Thucydide, on l’étudie, comme il l’a composée lui-même, dans le silence et la solitude ; car il n’écrit point pour ceux qui ont besoin qu’on pense pour eux ; il sollicite, il force à penser, il lient l’esprit toujours en haleine, et ne permet pas un instant de repos. Sans être rude et rebutant, comme l’a prétendu Schlegel, il fatigue à la longue, comme la vue d’un tableau où tout serait saillant, sans transitions et sans ombres.
2 En lisant Xénophon ou Platon, l’esprit est guidé par l’arrangement grammatical ; les mots ont d’ailleurs un sens assez large pour que, sans approfondir et en se contentant d’une sorte d’à peu près, on suive assez bien, comme par intuition, la pensée de l’auteur. Rien de pareil avec Thucydide : il met dans chaque mot tout ce qu’il peut contenir, et serre l’expression comme la pensée : dès lors rien d’inutile ; aucun de ces mots vagues, dont le sens peut s’étendre ou se resserrer à volonté ; on risque toujours de dire trop peu en le traduisant. Chaque mot est une sentence, chaque phrase une démonstration. Simple, précis et suffisamment clair dans le récit ordinaire, il se résume, se condense encore, quand le sujet s’élève, dans les discours, les portraits ou les considérations générales ; alors les pensées, les images se pressent et s’accumulent à tel point, qu’il semble n’avoir que le temps de les noter en passant.

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