Kitap 1
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« Songeons, en outre, que si chacun de nous n’avait à contester que sur des limites et contre des ennemis égaux en forces, on pourrait se résigner ; mais aujourd’hui les Athéniens, en état de lutter contre nous tous réunis, sont bien plus forts encore contre chaque ville isolément. Si donc nous ne nous réunissons tous ensemble, si peuples et villes ne se confédèrent dans une même pensée pour la défense commune, isolés, ils nous subjugueront sans peine ; et sachez que la défaite (quelque cruel que ce mot soit à entendre) n’apporterait avec elle rien moins que la servitude. Une pareille supposition, la seule pensée que tant de villes puissent être maltraitées par une seule, est déjà une honte pour le Péloponnèse. Éprouver un pareil sort ne paraîtrait alors que justice ; s’y résigner serait lâcheté. Nous montrerons-nous donc indignes de nos ancêtres ? Ils ont affranchi la Grèce entière ; et nous ne saurions affermir la liberté, même chez nous ! Nous laisserions une ville s’ériger en tyran, nous qui, lorsqu’un seul homme affecte la tyrannie dans un État, nous faisons gloire de le renverser ! Quant à nous, nous ne savons pas comment cette conduite échapperait au triple reproche d’imprévoyance, d’apathie ou d’incurie, trois vices funestes entre tous ; puisque c’est pour ne les avoir pas évités que vous en êtes venus à cette dédaigneuse indifférence qui a déjà causé bien des catastrophes, et qui, pour avoir conduit tant d’hommes à leur perte, a reçu le nom d’aveuglement.