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LXXIV. « Dans ce grand événement, qui montra clairement que le salut des Grecs reposait sur leurs vaisseaux, nous avons mis au service de la Grèce les trois principaux éléments du succès, la flotte la plus nom- breuse, un général d’une rare habileté, un zèle infatigable. Sur les trois cents vaisseauxHérodote dit (VIII, 44.) deux cent soixante vaisseaux, sur lesquels les Athéniens en avaient fourni cent quatre-vingts. nous en avons fourni presque les deux tiers ; le commandant était Thémistocle, à qui l’on doit surtout d’avoir combattu dans un détroit, circonstance qui évidemment sauva la Grèce : aussi lui avez-vous fait l’accueil le plus magnifique que jamais ait reçu étranger venu parmi vousLes Lacédémoniens lui décernèrent une couronne d’olivier et le plus beau char qui fût dans la ville. Des jeunes gens l’accompagnèrent jusqu’aux frontières,. Quant au zèle et à l’audace, nous en avons donné la preuve la plus éclatante : nous ne recevions aucun se- cours par terre ; nous voyions les autres peuples déjà asservis jusqu’à nos frontiers ; et c’est alors que, fidèles jusqu’au bout aux intérêts des alliés qui restaient, nous nous sommes décidés à laisser notre ville et à sacrifier tout ce qui nous appartenait ! Au lieu de nous disperser, ce qui nous eût rendus inutiles aux antres, nous sommes montés sur nos vaisseaux pour aller au devant du péril, sans nous irriter de ce que vos secours nous avaient précédemment fait défaut. Aussi pouvonsnous dire qu’en fait de services nous ne vous avons pas donné moins que nous n’avons reçu : vous, en effet, vous ne laissiez point vos villes désertes ; quand vous avez envoyé des secours, c’était dans le but de garantir vos foyers pour l’avenir, alors que vous craigniez tout autant pour vous-mêmes que pour nous ; car quand notre ville était encore debout, vous notes pas accourus. Nous, au contraire, nous laissions derrière nous une patrie qui déjà n’était plus ; l’espoir de la patrie à venir était peu de chose alors ; et cependant, affrontant le danger, nous avons contribué à vous sauver en nous sauvant nous-mêmes. Si, au contraire, craignant comme tant d'autres pour notre pays, nous avions commencé par nous soumettre au Mède ; si, plus tard, nous croyant perdus, nous n’avions eu l’audace de monter sur nos vaisseaux, vous n’auriez pu utilement combattre sur mer, faute d’une flotte suffisante, et l’ennemi eût pai- siblement atteint le but qu’il se proposait.