Kitap 2
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LXI. « Quand on a le choix, et qu’on est heureux d’ailleurs, c’est une grande folie d’opter pour la guerre ; mais quand on est dans la nécessité ou de subir sur-lechamp le joug étranger, si l’on cède, ou d’affronter le péril pour son salut, le blâme alors est pour celui qui fuit le péril, non pour celui qui le brave. Pour moi, je suis resté le même ; je ne change pas. Vous, au contraire, vous avez changé. Après avoir suivi mes avis dans la prospérité, vous vous repentez dans la souffrance ; parce que chacun de vous a le sentiment de ce qu’il souffre actuellement, et que l’utilité de mes avis ne se montre pas encore évidemment à tous, vous vous abandonnez au découragement et vous croyez qne je vous ai mal conseillés. Un grand changement est survenu, il nous a accablés inopinément, et votre âme abattue ne sait plus persister dans ses résolutions. En effet, un mal soudain, inattendu, que rien ne faisait prévoir, enchaîne toutes les forces de l’intelligence. Tel a été précisément pour vous l’effet de vos malheurs, de la peste en particulier. Cependant, citoyens d’une patrie grande et illustre, élevés dans des sentiments dignes d’elle, vous devez savoir supporter avec courage les calamités les plus terribles, et ne pas manquer à votre propre dignité ; car on ne croit pas avoir moins raison d’accuser celui qui, par lâcheté, manque à sa propre gloire, que de haïr celui qui aspire impudemment à se parer de la gloire d’autrui. Bannissez donc le sentiment de vos douleurs privées, pour prendre en main le salut public.