Kitap 6
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« Mais il y aurait, suivant moi, une mesure décisive entre toutes; aussi, quoique votre apathie habituelle me laisse peu de chances de vous persuader, j’en parlerai néanmoins. Ces erait de nous entendre avec tous les Siciliens, ou du moins avec la plus grande partie, de mettre en mer tous les bâtiments disponibles, avec deux mois de vivres, d’aller à la rencontre des Athéniens à Tarente et au cap d’lapygie, et de leur montrer qu’avant la lutte pour la Sicile, ils en auront une autre à soutenir pour le passage de la mer lonienne. Rien ne serait plus propre à les frapper de terreur : par là nous leur donnerions à penser que nous avons pour base d’opérations un pays ami dont nous sommes les gardiens (car Tarente nous accueillerait); qu’ils ont eux-mêmes une vaste étendue de mer à traverser avec tout leur appareil; qu’il est difficile, dans une traversée aussi longue, de rester en bon ordre; enfin, qu’il nous sera facile d’attaquer leur flotte quand elle s’avancera lentement et par petites divisions. Supposons au contraire que leur flotte se masse, et qu’allégée des bâtiments de charge, elle prenne l’avance pour nous attaquer; s’ils naviguent à la rame, nous tomberons sur eux quand ils seront fatigués; si nous ne le voulons pas, Tarente nous offrira un refuge. Mais eux qui, en vue de livrer un combat, se seront avancés avec peu de provisions, en manqueront sur des plages désertes; s’il y restent, nous les tiendrons en échec; s’ils tentent d’avancer, il leur faudra laisser en arrière leurs bagages; les dispositions douteuses des villes, l’incertitude de l’accueil les jetteront dans l'abattement. Aussi suis-je convaincu qu’arrêtés par ces réflexions, ils ne partiront même pas de Corcyre; occupés à délibérer, à envoyer des reconnaissances pour savoir notre nombre et notre position, ils se laisseront gagner par l’hiver, ou bien, effrayés de cette attitude imprévue, ils renonceront à l’expédition. D’ailleurs le plus expérimenté de leurs généraux ne commande qu’à regret, à ce qu’on m’assure; et, si nous faisons quelque démonstration sérieuse, il saisira avec joie ce prétexte. On exagérera nos forces, j’en suis persuadé : les opinions des hommes se règlent sur les ouï-dire; quand on attaque les premiers, ou du moins quand on montre d’avance aux agresseurs qu’on les attend de pied ferme, on inspire plus de terreur, parce qu’on paraît à la hauteur du danger. Telle sera, en cette circonstance, l’impression des Athéniens; ils nous attaquent avec la pensée que nous ne résisterons pas; ils nous méprisent à juste titre, parce que nous ne les avons pas écrasés de concert avec les Lacédémoniens; mais s’ils nous voient déployer une audace sur laquelle ils ne comptent pas, ils seront plus frappés de cette attitude imprévue que de nos forces réelles.