Kitap 7
18
XVIII. Les Lacédémoniens préparaient aussi une invasion dans l’Attique. C’était chose précédemment résolue par eux, mais ils y étaient surtout poussés par les Syracusains et les Corinthiens : ceux-ci, informés qu’Athènes envoyait des renforts en Sicile, voulaient y mettre obstacle par cette invasion. Alcibiade, les pressant de son côté, les exhortait à fortifier Décélieet à ne pas laisser languir les opérations. Mais ce qui contribuait surtout à stimuler un peu les Lacédémoniens, c’était d’une part la pensée que les Athéniens, avec une double guerre à soutenir contre eux et contre les Siciliens, seraient plus faciles àabattre, et de l’autre la conviction que les Athéniens avaient les premiers rompu la trêve. Dans la guerre précédente, c’était surtout sur eux-mêmes, ils le savaient, que retombait la violation des traités : les Thébains avaient envahi le territoire de Platée en temps de paix; et, quoiqu’il fût stipulé dans les traités précédents qu’on n’en viendrait pas aux armes si l’une des parties offrait l’arbitrage, ils avaient eux-mêmes repoussé les propositions d’accommodement amiable que leur firent les Athéniens. Ils voyaient dans leurs malheurs la juste conséquence de cette faute, et ne pouvaient détacher leur pensée du désastre de Pylos et de tout ce qui avait pu leur arriver de funeste. Mais lorsqu’ils eurent vu les Athéniens aller, à la tête de trente vaisseaux, ravager une partie du territoire d’Épidaure, de Prasies et d’autres lieux, faire en même temps de Pylos un centre de brigandage, refuser l’arbitrage, malgré l’invitation des Lacédémoniens, toutes les fois qu’il s’élevait des difficultés sur les points litigieux du traité, alors, persuadés que les Athéniens se plaçaient à leur tour sous le coup de la faute qu’euxmêmes avaient commise contre la foi publique, ils inclinèrent résolûment à la guerre. Dans le cours de cet hiver, ils firent circuler chez leurs alliés l’ordre de fournir du fer, et disposèrent tous les instruments nécessaires à la construction des forts. En même temps ils se préparèrent à expédier en Sicile des secours sur des bâtiments de charge, et obligèrent les autres peuples du Péloponnèse à les imiter. L’hiver finit, ainsi que la dix-huitième année de cette guerre, dont Thucydide a écrit l’histoire.