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LXXXVI. Les députés des quatre cents, envoyés 1 Celle des barbares et celle des Grecs. C’était parmi les Cariens f|ue les Perses choisissaient ordinairement les interprètes, dans leurs rapports avec les Grecs. précédemment pour tranquilliser et éclairer l'armée de Samos, arrivèrent de Délos, et trouvèrent là Alcibiade. Une assemblée fut convoquée; mais, lorsqu’ils voulurent prendre la parole, les soldats refusèrent d’abord de les entendre, en criant qu’il fallait tuer ceux qui avaient aboli la démocratie. Cependant ils se calmèrent enfin à grand’peine, et écoulèrent. Les députés déclarèrent que la révolution avait eu pour objet, non la ruine, mais le salut de la république; qu’il n’était pas question de la livrer à l’ennemi, puisqu’on le pouvait lors de l’invasionL’invasion des Péloponnésiens en Attique., ayant dès lors le pouvoir en main, et qu’on ne l’avait pas fait; que les cinq mille participeraient tous au gouvernement tour à tour, et que les familles des guerriers absents, bien loin d’être outragées, comme l’avait annoncé calomnieusement Chéréas, n’étaient inquiétées en rien et restaient paisiblement en possession de leurs biens. Malgré ces protestations et beaucoup d’autres, les soldats ne voulurent rien entendre, et s’exaltèrent de plus en plus : les propositions se croisaient, on parlait surtout de faire voile pour le Pirée. Dans cette occurrence, Alcibiade prit l’initiative et rendit à la république un service qui ne le cède à aucun autre. Car, au moment où l’armée athénienne de Samos brûlait de marcher sur Athènes, démarche qui livrait à l’ennemi sans coup férir l’Ionie et l’Hellespont, ce fut lui qui l’en empêcha; et aucun autre que lui n’était capable, dans un pareil moment, de contenir la multitude. Il les fit renoncer à leur dessein, et calma par ses reproches ceux qui se montraient particulièrement animés contre les députés. Il fit lui- 1 L’invasion des Péloponnésiens en Attique. même la réponse el leur dit, en les congédiant, qu’il ne s’opposait pas à ce que l’autorité fût exercée par les cinq mille, mais qu’il demandait la déposition des quatre cents et le rétablissement de l’ancien conseil des cinq cents; que si quelque réduction avait été faite sur les dépenses, pour augmenter la solde des troupes, il approuvait entièrement. Il leur recommanda d’ailleurs de tenir ferme contre l’ennemi, et de se mettre en garde contre toute faiblesse; car, disait-il, la ville sauvée, il y a tout espoir de s’entendre entre concitoyens; mais, si une fois un des deux partis succombe, celui de Samos ou celui d’Athènes, il ne restera plus personne avec qui se réconcilier.