Kitap front
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Cette manière d’envisager les événements n’est, au reste, chez Thucydide, que de la fidélité historique : à une époque et dans une contrée où l’homme, naïvement pénétré de son importance personnelle, avait tout réduit à sa propre mesure, arts, religion, poésie, il était impossible que l’histoire fût autre chose que le tableau de l’activité humaine, avec ses écarts, ses défaillances, ses vertus et ses crimes. Le sujet choisi par Thucydide se prêtait d’ailleurs admirablement à cette mise en scène : pour cadre la Grèce entière, embrassant et attirant dans son centre d’action presque tout le bassin de la Méditerranée, l’Égypte, l’Asie Mineure, laThrace, la Macédoine, les côtes d’Italie et la Sicile ; pour acteurs ces milliers de petits États, monarchiques ou républicains, qui se partageaient la Grèce, et dans lesquels la guerre Médique, les divisions intestines, le commerce maritime, avaient développé une ardeur fébrile qui débordait de toutes parts ; la mer sillonnée en loua sens par des flottes qui portaient au loin les passions et les intérêts dont le foyer était dans l’Attique et dans le Péloponnèse ; et, pour dominer tout le tableau, pour introduire l’unité au milieu de cette profusion d’événements, la lutte de deux grands peuples, opposés de moeurs ,de civilisation, pleins d’avenir, puissants l’un et l’autre, celui-ci par la stabilité de ses institutions et sa constitution aristocratique, celui-là par la mobilité même de sa démocratie, sa prodigieuse activité et sa turbulence. Un peuple continental aux prises avec une puissance maritime, des épisodes sanglants, des vengeances atroces ; une guerre sans fin semant la confusion dans la Grèce entière ; les moeurs profondément altérées ; des fléaux inouïs ; et, comme pour reposer l’esprit de ce triste spectacle, de grands caractères surgissant çà et là, et maîtrisant un instant par leurs vertus et leur génie la marche inévitable des événements ! Peut-on imaginer un drame plus saisissant, d’une unité plus variée, plus rempli de sérieux enseignements, que cette grande lutte de vingt-sept ans, au-dessus de laquelle semble planer toujours, dans la pensée de l’historien, l’image d’Athènes, si brillante et si jeune au début, frappée de mille coups, succombant pour se relever encore, et enfin disparaissant au milieu des ruines accumulées par ses fautes.