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Ἱστορίαι Thucydides

Kitap front

2 Après avoir rapidement esquissé le plan de Thucydide, et indiqué les principales acquisitions que lui doit la science historique, il nous reste à donner une idée de sa manière comme écrivain, de son style màle et sévère, « si bien approprié aux choses, comme « dit Cicéron, qu’on ne sait si c’est le langage qui éclaire les faits « ou la pensée qui communique sa lumière au langage. » Ce jugement de l’orateur romain, qui avait fait de Thucydide une étude approfondie, rend parfaitement l’espèce d'étonnement qu’on éprouve en le lisant : chez lui, en effet, la pensée est tellement pressée, elle se soumet si impérieusement le langage, que pour la suivre, il faut s’attacher en quelque sorte à elle seule, tout en se laissant guider par l’expression, qui la note et la signale bien plus qu’elle ne la développe ; d’un autre côté,la condensation des mots est telle, la logique qui préside à leur enchaînement et à leur com- position est si rigoureuse et si serrée, qu’il faut les suivre pas à pas, les analyser, les décomposer sans cesse pour ne laisser échapper aucune nuance. Dans nos langues modernes, régulières jusqu’à l’excès, et où tout est exactement défini à l’avance, l’expression exerce toujours une influence presque décisive sur la pensée ; elle offre un moule qu’on adopte involontairement : l’originalité disparaît ; mais le lecteur avance à coup sûr. Chez Thucydide, au contraire, c’est la pensée qui fait la langue, suivant ses besoins, qui la compose et la façonne à son gré, de manière à s’y empreindre tout entière ; elle n’a d’autre logique, dans l’arrangement du discours, que son propre mouvement, et soumet même la grammaire à ses exigences.

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